Never gonna give you up

 

Nous sommes tous différents (oui, aujourd’hui je préviens, j’enfonce les portes ouvertes, attends toi à du gros niveau). Nous en sommes tous à un moment différent dans notre courbe de progression. Il y a ceux qui ont survécu à la journée de recrutement, qui apprennent les bases du Roller Derby et qui attendent plus ou moins impatiemment les premiers contacts. Il y a ceux qui se préparent pour jouer leur premier match, qui se font des soirées cohésions, qui relisent les règles fébrilement et connaissent la section 5.7 par cœur (les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite). Il y a ceux qui sont déjà bien avancés dans leur saison, ils ont activé le mode « machine », enchainent les matchs, les victoires, les défaites. Il y a ceux qui ressentent une baisse de motivation en ce début d’année, qui n’ont plus l’envie des débuts, qui s’éloignent un peu du track. Tous ces joueurs sont différents, et pourtant ils ont tous un point commun – ils ont tous, à un moment dans leur courbe de progression, rencontré et subi ce qu’on appelle la phase du plateau.

 

Non, je ne parlerai pas ici du plateau qu’on atteint parce que bon, on est un peu déjà le meilleur du monde et que ça devient difficile de faire mieux, genre on est Kamikaze Kitten (mais de toute façon il y a peu de chance qu’on lise cet article dans ce cas, et on n’est donc pas concerné). Je parle du plateau qu’on atteint juste avant ou après avoir passé ses Minimum Skills, celui qui te tombe dessus après quelques matchs, celui qui arrive après une saison riche en victoires ou défaites. Je parle du Plateau, celui auquel tu mets une majuscule parce que franchement, il se la pète un peu, mais en même temps il fait un peu ce qu’il veut. Tu auras beau lutter, il s’invitera quand même et c’est lui qui fera la loi, c’est tout, c’est comme ça. C’est le PLATEAU (imagine-le comme le héros d’un film de Michael Bay, quand il apparait à l’écran il y a un ralenti avec une explosion en arrière-plan).

 

"On remarque ici un très léger ralentissement de la courbe de progression, et l'apparition du Vil Plateau Malfaisant juste là" © Magicyannick Yannick

« Comme vous pouvez le voir, on remarque ici un très léger ralentissement de la courbe de progression, et l’apparition d’un VPM, un Vil Plateau Malfaisant »
© Magicyannick Yannick

 

Le plateau, c’est ce moment dans ta courbe de progression où en fait non, tu ne progresses plus. C’est lent, laborieux et, malgré tous tes efforts, tu n’arrives plus à avancer. Mais cette période difficile et peu motivante peut aussi être vue comme le bon moment pour faire le point et se concentrer sur ses acquis. Comme j’aime les listes (presque autant que les parenthèses), voici quelques points qui peuvent aider à dépasser une phase de plateau :

 

1. Faire une liste (apprécie la récursivité de la chose s’il te plait) (oui, j’utilise des mots compliqués pour paraitre intelligente si je veux, c’est mon article). Pour cela, il suffit de prendre un crayon, une feuille, et de se souvenir de ce qu’on savait faire il y a 6 mois. Tu savais croiser dans les virages ? Tu étais capable de placer une attaque ? Tu savais qu’on peut marquer un Jammeur Lap Point lors d’un passage initial ? Non ? Ça veut donc dire que tu as progressé. J’enfonce encore une porte ouverte, mais on oublie bien souvent de mettre en avant les points positifs, surtout ceux qui nous concernent. Prendre le temps de faire le point sur son avancée, c’est bon pour le moral, et ça nous fait nous rendre compte du chemin parcouru.

 

2. Se donner des objectifs simples, un par semaine ou un par entrainement, à toi de voir. Par exemple « aujourd’hui, je ne ralentis pas avant de me retourner », ou « cette semaine, je ne fais pas de Cutting ». Un seul objectif, important ou non, difficile si tu te le sens, mais un seul objectif qui te permettra de te dire, à la fin de l’entrainement, que tu sais faire une chose de plus que tu ne faisais pas à l’entrainement précédent. Se fixer un seul objectif clairement défini et se concentrer dessus lors de l’entrainement permet de voir une progression, même quand on pense qu’on est bloqué et qu’on n’avance plus. Ensuite, c’est la magie des mathématiques, 2 entrainements = 2 nouvelles techniques que l’on sait faire ou que l’on maitrise, 3 entrainements = 3 nouvelles techniques, etc. Je te fais confiance pour continuer cette phrase sans moi.

 

Ceci est une métaphore d'un joueur luttant contre le Vil Plateau Malfaisant (comme je le disais, il ne fait pas de cadeau, jamais) © Magicyannick Yannick

Ceci est une métaphore d’un joueur luttant contre le Vil Plateau Malfaisant (comme je le disais, il ne fait pas de cadeau, jamais)
© Magicyannick Yannick

 

3. Discuter avec son coach et ses coéquipiers. Le plateau est souvent une période de déprime où on s’apitoie sur son sort. Être trop centré sur soi-même empêche de se rendre compte du chemin déjà parcouru ou des progrès même minimes que l’on fait à chaque moment qui passe. Le plateau est un être vil et sournois qui nous fait croire que l’on est bloqué au même endroit sans pouvoir avancer. Or on avance TOUJOURS. En parler permet de se rendre compte que oui, effectivement, aujourd’hui on n’est pas tombés une seule fois, ou on n’a pas oublié de faire le pont. Ça peut ne pas paraitre important sur le moment, mais c’est encore une fois la preuve qu’on progresse.

 

4. Prendre du recul. Il arrive que certains fassent une overdose de Roller Derby. Trop de soirs pris par les entrainements, trop de weekends sur les routes pour jouer des matchs, pas assez de temps pour faire autre chose ou voir d’autres personnes. La solution peut être de faire une pause. Attention, je parle ici de pause, avec une durée définie, juste de quoi recharger ses batteries et s’aérer la tête. Si finalement, après la pause, l’envie n’est toujours pas revenue, alors peut-être qu’il est temps de faire le point sur ce que l’on veut vraiment (l’auteur de cet article décline toutes responsabilités quant à l’arrêt éventuel de certains pratiquants à la lecture de ces dernières lignes, merci de ne pas lui jeter des cailloux quand vous la verrez).

 

5. Être patient (merci Sherlock, on s’en serait douté). Plus sérieusement, à moins de ne plus aller aux entrainements, si on est motivés, on finit toujours par dépasser la phase de plateau. Parfois ça se débloque tout seul, parfois il suffit de se concentrer sur ses petits progrès ou sur les progrès de toute l’équipe pour enfin avancer. Si tes coéquipiers progressent, alors tu progresseras aussi, même si pour le moment tu n’y crois pas trop. Et puis progresser c’est aussi mieux comprendre les règles, réagir plus rapidement sur le track, être capable d’appliquer les stratégies de son coach, bref, tout ce qui permet d’être un élément indispensable à son équipe.

 

Une solution alternative est de se dédoubler pour progresser deux fois plus vite, et tenter de tromper le Vil Plateau malfaisant, mais ça ne marche pas à tous les coups... © Magicyannick Yannick

Une solution alternative est de se dédoubler pour progresser deux fois plus vite, et tenter de tromper le Vil Plateau Malfaisant, mais ça ne marche pas à tous les coups…
© Magicyannick Yannick

 

Normalement, ici est l’endroit où je dois conclure cet article, et vous dire que oui, on finit toujours par y arriver et que non, il ne faut jamais baisser les bras, JAMAIS. Mais comme je suis moi-même en pleine bataille avec mon plateau personnel, et que je suis désormais l’heureuse propriétaire de dizaines de listes sur tous les supports possibles et inimaginables (choses à améliorer sur mon ordinateur, choses maitrisées sur mon téléphone, choses que franchement je n’ai aucune idée de comment faire mais que ça serait trop la classe à placer en match sur le miroir de ma salle de bain), je n’ai pas vraiment le temps d’écrire une conclusion digne de ce nom. Je me rattraperai donc au prochain article. Je vous laisse, j’ai une nouvelle liste à écrire…

 

Encore et toujours, des photographies ont été honteusement sorties de leurs contextes pour la rédaction de cet article, veuillez nous en excuser. J’avais réalisé des schémas de courbes avec des paillettes, mais apparemment c’était trop minimaliste et personne n’y comprenait rien. Décidément, on veut brider ma créativité…

 

Jane Rustine
Journaliste en lutte

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Crédits photographiques : 

Magicyannick Yannick / https://www.facebook.com/magicyannick?ref=ts&fref=ts