But here’s my number, so call me maybe

Au RDT, on recrute toute l’année des zèbres et des flamands roses. Là, logiquement, vous vous dites qu’en fait on vous a un peu menti, en réalité le Roller Derby c’est un peu comme si on visitait un zoo et vous n’auriez pas forcement tord. Si je traduis le langage Derby, ça veut dire que nous recrutons des SO (Skatting Officials, autrement appelés arbitres en patins ou zèbres puisqu’ils portent des maillots à rayures noires et blanches) et des NSO (Non-Skatting Officials, aussi nommés flamands roses pour la couleur de leur teeshirt – oui, des fois le teeshirt est bleu layette, ou vert, ou orange, mais de base il est rose). Arbitrer un évènement de Roller Derby, quelque soit votre poste, c’est un peu un défi de tous les instants, une lutte acharnée pour faire respecter les règles et assurer le bon déroulement des rencontres. Chez Roller Derby Toulouse, nous avons la chance d’avoir quelques arbitres à demeure, et c’est clairement un avantage de pouvoir s’entrainer en conditions réelles avant les matchs. Malheureusement, comme un peu partout en France, certains (la plupart) de nos arbitres sont également des joueurs ou des joueuses. C’est donc compliqué pour eux d’arbitrer sans rater un de leur entraînement, ou de pouvoir participer à l’arbitrage d’une rencontre quand eux-même doivent jouer le même jour.

 

Je vais résumer la situation pour ceux du fond qui ne suivent pas – on manque d’arbitre. Partout, tout le temps. Bien sûr, on recrute de nouveaux arbitres et NSO en même temps qu’on recrute de nouveaux joueurs (être NSO est presque un passage obligé quand on est Fresh Meat, ça permet de participer aux évènements et de se former aux règles de base). Mais malgré tout c’est la pénurie, et il est donc de mon devoir de vous convaincre que oui, être arbitre et NSO c’est LE BIEN, et que vous devez intégrer la Team No Fun – ne faites pas attention au nom donné au corps arbitral, c’est un joueur un peu éméché qui l’a inventé en 1997, et depuis impossible de s’en débarrasser… Cet article sera à nouveau une liste (j’aime presque autant les listes que les parenthèses, pour tout vous dire). Une liste des choses qui peuvent arriver quand on est débutant ou arbitre plus confirmé, quand on est joueuses ou joueurs et qu’on se fait siffler une faute sur un match, quand on est NSO et qu’on doit courir après les arbitres au milieu du track. Bref, une liste de pourquoi être arbitre c’est bien, même si c’est fatiguant quand même un peu.

 

1. Je vais être honnête, être zébreau (un SO débutant) c’est dur. Quand on est zébreau, siffler une faute est assez compliqué, surtout pour la toute première fois et dans le feu de l’action. Pour siffler une pénalité, il faut tout d’abord donner un coup de sifflet plus ou moins long, annoncer la couleur du maillot, puis le numéro, et ensuite la faute réalisée avec le geste correspondant, puis le geste signalant l’envoi en prison. Le tout en anglais (s’il n’y a pas de défi, ce n’est pas drôle). Pour vous donner une idée, la première fois ça ressemble à *TWIT* White, euh… *essaie de regarder le numéro* One, seven, seven… Euh, one, seven, seven, five *essaie de se rappeler le geste associé à la faute annoncée* Low block *se trompe dans le geste, recommence* *se rend compte que la joueuse n’a pas entendu la pénalité, et qu’elle est déjà loin* *cours après la joueuse* *TWIIIIIIIIIIIT* White *a oublié le numéro, se contorsionne dans tous les sens pour réussir à le voir* One, seven, seven, five, LOW BLOCK *prend sa grosse voix très très méchante, tente de rester sérieux* *se rend compte que la joueuse n’a toujours pas entendu la pénalité, part se pendre avec son sifflet* *recommence*. Il arrive donc (souvent) au début qu’on appelle une pénalité bien après qu’elle se soit déroulée. Généralement cela nous vaut un regard incrédule de la joueuse qui se demande comment elle a bien pu faire une faute alors qu’elle ne fait présentement rien, mais on ne baisse pas les bras. Le zébreau est tenace, le zébreau est motivé, le zébreau arrivera un jour à siffler une pénalité sans bafouiller – et le jour où ça arrive, ton Papa zèbre te regarde la larme à l’oeil avec tellement de fierté dans ses yeux que tu te dis que tu as eu raison de devenir arbitre.

 

"Mais je comprends pas, j'ai pris un Multiplayer alors que j'étais toute seule au milieu du track..." © Olivier Vax

« Mais je comprends pas, j’ai pris un Multiplayer alors que j’étais toute seule au milieu du track… »
© Olivier Vax

 

2. Le fait d’arbitrer en plus de jouer procure des avantages non négligeables – on développe une bonne vision du jeu, on possède une connaissance certaine des règles, on peut essayer de tromper l’adversaire sur le track en hurlant « han, c’est un multi là, alleeeeeeer ». Mais n’allez pas croire qu’il n’y a pas de désavantages. Par exemple, vous ne verrez que rarement un match en tant que spectateur. Soit vous jouez, soit vous arbitrez, soit vous êtes bénévole sur l’organisation de l’évènement et vous êtes donc occupé. Pour voir un match tranquille sur le bord du track, il faudra désormais aller dans un pays étranger, loin, là où personne ne connait votre nom. Et quand on a la chance d’être dans une ligue assez grande qui peut former ses propres arbitres, il faut également compter sur le fait qu’on a un entraînement supplémentaire de temps en temps – au revoir vie sociale, je t’aimais bien.

 

3. Quand tu deviens arbitre, tu apprends de nouvelles choses tous les jours. Le Roller Derby est un sport qui comporte des règles. 74 pages de règles pour être précis. 74 PAGES qui sont mises à jour tous les 6 mois. Des règles numérotées à coup de 5.7.2, ou de 4.2.3, ou de 1.4.1. Pour suivre une conversation entre arbitres confirmés, il faut donc TOUJOURS avoir son livret de règles avec soi, sinon la discussion n’est qu’une suite interminable de chiffres qui ne veulent rien dire – si toi aussi tu as retrouvé ou cherché quels sont les points de règles cités plus haut, bravo ! Tu es donc un Zèbre Geek (c’est une race particulière de zèbre, une sorte d’évolution ultime, un peu comme un Pokémon). Être arbitre demande également de posséder certaines compétences simples – savoir lire, savoir compter, savoir rester calme, savoir s’empêcher de chanter quand la musique retentit et savoir conserver une Poker face en toutes circonstances. Mais le truc ultime, LA chose qui fait que franchement être arbitre c’est un peu le poste le plus mieux de tout l’univers, c’est que quand tu es arbitre, tu sais ENFIN ce qui se dit pendant les Official Review (vous savez, ces réunions de zèbres autour du point d’eau au milieu du track).

 

Bla © Florent Lagasse

« C’était pas un 7.4.42 là ? » « Tu veux dire un blocage à coup de lancé de banane ? » « Ah oui, non, autant pour moi, ça devait être un 6.8.3 alors… »
© Florent Lagasse

 

4. Être arbitre, c’est aussi pleins de petits moments très sympathiques avec les équipes et les bénévoles. Prenons l’Equipement Check par exemple. Même s’il a de plus en plus tendance à disparaître de la circulation, l’EC est ce moment avant un match où les équipes sont alignées sur le bord du tracks et où les arbitres vérifient l’équipement de chaque joueur. Certains profitent de ce moment pour lancer des blagues, et on a souvent droit à la « Danse de l’Equipement Check » (remuage de popotin en bonus). Même si la Poker face reste obligatoire à tout instant, l’EC est souvent détendu et bon enfant – on est sérieux mais on sait aussi s’amuser, il n’y a pas de raison. Autre moment plutôt sympa, les échanges entre NSO et joueurs, que ce soit en prison lorsqu’un joueur nous pose une question à laquelle nous pouvons répondre, lorsqu’on est Jam Timer (le NSO avec le sifflet et les chronomètres qui lance les Jams) et que tout le monde est suspendu à vos lèvres, etc. Le meilleur moment restant sans conteste lorsque des joueurs et joueuses viennent vous remercier à la fin du match pour votre travail (même si je trouve que se faire applaudir par les joueurs reste une sensation très étrange, j’apprécie toujours celles et ceux qui viennent me serrer la main ou me taper sur l’épaule avec le sourire, et j’essaie de ne jamais oublier de le faire lorsque je suis moi-même joueuse).

 

5. Quand on est arbitre, on devient balèze en défi de regard. Genre, VRAIMENT balèze. Pour vous situer, ça se passe comme ça : on siffle une faute, on regarde la joueuse, elle nous regarde, on la regarde, elle fait genre « moi ? », on la regarde, elle nous regarde, on n’a pas cligné des yeux depuis 17 secondes, elle commence à se diriger vers l’extérieur du track, on a la paupière droite qui sautille, elle sort du track en nous lançant un dernier regard pour être bien sûre, c’est le désert de Gobi dans nos yeux mais victoire ! Elle est partie en prison, on peut donc se concentrer à nouveau sur l’action. Un zèbre gagne TOUJOURS ses défis, et ça peut ensuite servir dans la vie quotidienne, comme par exemple dans un bar ou un café quand le serveur fait mine de ne pas vous avoir vu, et PAF ! On accroche son regard, on tente une transmission d’infos par la pensée et on ne lâche RIEN. Ça marche également pour montrer qui est le patron à son banquier, ses collègues ou les relous dans le métro – comme pour les joueurs récalcitrants, il suffit de les regarder bien fixement et de penser « MEUTRE », c’est souvent suffisant.

 

" La prison c'est par là... PAR LÀ !!! " © Olivier Vax

« La prison c’est par là… PAR LÀ !!! »
© Olivier Vax

 

Pour conclure cet article, si vous êtes joueurs et que vous souhaitez vous diversifier, si vous aimez patiner mais que le contact vous fait peur, ou tout simplement si vous aimez arbitrer, n’hésiter pas à nous rejoindre, avec ou sans patins, tous les apprentis arbitres sont les bienvenus (que ce soit au RDT ou dans les autres ligues, les arbitres sont indispensables à la bonne pratique du Roller Derby, et on ne leur dira jamais assez MERCI ! (Normalement, c’est le moment où je fais un dernier commentaire enlevé et plein de finesse, mais je n’ai pas d’idée. Par contre je laisse les parenthèses quand même parce que j’ai un quota de parenthèses par article à respecter, donc faites comme si j’avais écris quelque chose de drôle, merci).

 

Jane Rustine
Journaliste arbitraire

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Crédits photographiques : 

Olivier Vax / https://www.facebook.com/OlivierVaxPhoto?fref=ts

Florent Lagasse / https://www.facebook.com/lagasse.florent?fref=ts