Récit d’un dernier match, mais quel match !

Réveil. Éteins-toi là ! Tu martèles mon crâne ! La journée sera difficile, je le sais, et mon corps me le fait déjà comprendre. J’ai chopé une sale maladie. Je meurs. C’est Verdun dans mon estomac et je n’ai rien de moins qu’un match le soir même. Alléluia, mon sac est prêt depuis la veille (il faut croire que je suis un poil impatiente…). Stratégie : laisser les microbes me tuer, ils ont la journée pour faire mumuse, mais ce soir, extermination, ils n’existent plus. Profitez bien les cocos.

Je sors de ma tombe une heure avant le rendez-vous avec l’une de mes coéquipières. Elle est délicieusement timbrée, comme j’aime, et elle a les crocs. La rage de gagner. C’est clairement stratégique de faire le trajet avec elle. La gagne ! La musique à fond ! Préparation mentale, se couper du reste de sa vie, revoir les stratégies, repenser les phases de jeu, BIM BAM BOUM ! Le match, c’est pour bientôt. TIC TAC. Je suis posée, détressée, mais sérieuse. Pour ceux et celles qui ne me connaissent pas, le sérieux me fait clairement défaut, depuis toujours. Cela fait partie des choses que le derby m’a permis d’acquérir.

Ce match, on l’attend depuis un bon moment. On a les patins impatients. On affronte nos sœurs de cœur, en l’occurrence les Death Pouffes de Montpellier. Et bigner les copines, ça, personne ne me contredira, on ne sait pas pourquoi mais ça ajoute du piquant. C’est une équipe qu’on rencontre toujours avec énormément de plaisir. Ces filles sont pleines d’énergie et délicieusement barrées elles aussi.

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Une bonne partie de notre équipe ne sera pas sur le track. Alors ce soir, il nous tient à cœur de porter haut et fièrement nos couleurs. On va se battre afin de leur faire honneur. Ces filles, elles nous manquent terriblement, notre mental est mis à rude épreuve. Il va falloir combattre comme des lionnes. Ce match s’avère un grand challenge : une grosse équipe, des effectifs réduits des deux côtés et un temps de jeu réduit entraînant un jeu plus condensé. Efficacité, rapidité et mental d’acier seront les maîtres-mots de cette rencontre. Du beau jeu, du bon jeu.

Trajet. La voiture ralentit, j’ouvre la portière et vomis de la bile. Belle entrée. Je suis au pic de ma forme, il n’y a pas à dire. Je sens mes yeux se fermer, j’ai chaud (alors que dehors, c’est l’Alaska !) et je pleure de fatigue. Bon, faire illusion le temps d’atteindre les vestiaires : « T’as une sale gueule Riton ! Ça va ? » … Raté, Riton, c’est moi.

Vestiaires. Ni toilettes ni douches. Problématique. Très très problématique. Mais on fera sans, on a autre  chose à penser. La famille Blocka est dans le vestiaire. Silence de mort. Visages concentrés. Silence total. J’ai dû lever un sourcil d’étonnement. Mais c’est bon. C’est très bon ça.

Bulle. On est toutes pareilles : avant un match, plus rien ne compte à part vos coéquipières. La faim dans le monde, votre loyer à payer, votre chat malade, toussa toussa n’existe plus. Les coéquipières par contre, elles sont au centre de vos préoccupations. On se regarde. On s’envoie des messages de réconfort, des tapes. Soudées. Nous, les filles, ce soir, on sort les crocs, on a la rage de gagner.

Échauffement. Rahhhh ! L’adrénaline grimpe en pic ! Envie de jouer. Là, maintenant, tout de suite. Tous ces entraînements, c’est maintenant qu’ils doivent payer. Maintenant et pas demain. Quarante minutes pour tout donner. A priori chaque joueuse fera au moins un jam sur deux. On aime le jeu, on aime jouer, parfait. Ça va piquer. Encore mieux. Eh oui, le sport a un côté SM, il faut se l’avouer. Plus on est séchées, plus on aime. Et on en redemande. Bizarre…

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Tour  de  présentation. Un coup d’œil rapide dans les gradins. Mes poteaux ne sont pas là, ils sont partis en week-end à la campagne. Va falloir penser à changer d’amis car, côté soutien, ils repasseront. Une amie est là : signe de la main. Ah, ça va mieux. Elle est là. Je suis un peu cucu, j’avoue. J’ai besoin de mes chouchous dans les gradins, ça me porte le temps du match. Regard furtif vers mon Jules. Il est tout près, en rayures et avec sa poker ­face de circonstance, tout va bien. Les coéquipières sont partout : tiens, Minty Rex tient le stand merch’, d’autres sont NSO. Elles sont toutes occupées afin de mener à bien l’événement. Eh oui, on fait tout de A à Z à chaque match, avec nos petites mains. Par conséquent, nos coéquipières ne jouant pas se sont rapidement assigné des tâches et ne chôment pas. Quelques-unes opèrent d’ailleurs dans la suicide zone : pistolets de plastique à la main, elles sont prêtes à brailler et transmettre leurs conseils. Leur présence est plus qu’indispensable. Les voir là, tout près, est d’un réconfort sans nom.

Coup de sifflet. Je suis sur la première ligne, en B1. Ma ligne est mortelle, on sait que ça va le faire. Etre sur la première ligne me permet d’entrer directement dans le match parce que pas le choix. Je me retourne : grosse ligne adverse. Je reconnais des visages, on va souffrir. Impact. Ça pousse méchamment. Je suis en intérieur, mon travail est donc a priori de tenir la corde et de ne pas la lâcher. Je laisse un boulevard à la jammeuse adverse. Bien joué. Je m’insulte. Ne vous attendez pas à ce que je vous dise qu’à tel temps il y avait tel score et qu’on a fourni tel effort. Je suis ailleurs, hors du score, hors du temps. C’est ma méthode pour garder l’adrénaline de manière constante et la laisser guider gentiment mes gambettes. Plus le temps de refaire le monde, de placer le salto arrière et la formation tortue qu’on vient d’apprendre. Si c’est acquis, ça ressortira de soi-même. Sinon, ben tant pis, trop tard.

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On fournit du bon jeu mais, comme à notre habitude, par phases. Les entre­phases sont disons… plus brouillonnes. Ce n’est pas facile pour nous : nos lignes sont nouvelles, on essaie de contenir le score, mais dès qu’on relâche un peu notre jeu, on enquille des points. On sent dès le début du match que ça va se jouer sur la propreté du jeu et sur la ténacité. A la mi-temps, de mémoire, on tient le score et on tient la route. Si on continue comme ça, le score sera serré mais on gagnera.

Les consignes du  coach sont de rester propres, aboutir nos actions et ne rien lâcher mentalement. Bon, ben ça n’a pas été le cas. On a fait plus de fautes et on a été menées sur le score. J’ai l’impression de n’avoir rien lâché mais sens que j’en ai encore sous le pied. Je m’en veux.

Coup de sifflet final. Là, c’est l’effondrement. Je ne le comprends toujours pas moi-­même mais, lors de chaque match perdu, je fonds en larmes et suis profondément triste alors qu’il y a bien pire et grave non ? Mon esprit surdosé en positivisme depuis quasiment 24 heures craque, les vannes s’ouvrent. Réflexe humain : trouver des bras, se caler et pleurnicher.

Tour d’honneur. Les Death Pouffes nous proposent d’effectuer le tour mélangées à elles. Anodin pour certains, fort de sens et touchant quand on le vit. Elles ont été égales à elles-mêmes jusqu’au bout avec un bel esprit sportif.

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Bon, on a bien mérité une bonne bière hein ?! On s’habille par-dessus la sueur (Vous vous souvenez ? Pas de douches !). Hop, un coup de déo et la soirée peut commencer ! Rendez-vous dans le bar d’une de mes coéquipières : on est comme à la maison, tout le monde est là et ça, c’est l’essentiel non ?

Je ne le savais pas encore, mais ce match sera mon dernier en tant que membre de la Blocka Nostra. Mon dernier cri de guerre, mon dernier « tout » avec elles.

Je ne peux alors finir mon article que d’une seule manière : je vous aime la Blocka Nostra !! BANG BANG !!

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La Rillette #000

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Crédits photographiques : HemSi-Prod (http://www.hemsiprod.fr/).