De Marie-Tutu la Fresh Meat à BlockSwan l’Iron Squids !

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Fin septembre 2013
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Mon pote Pierrick, adepte de hockey en salle, me propose de l’accompagner chercher de nouveaux patins dans un magasin spécialisé du centre toulousain. Après quelques échanges techniques avec le vendeur, lassée de hocher la tête comme si j’avais la moindre idée de ce dont il parle, je décroche et vais m’affaler dans un canapé au fond du magasin. Absorbée par ma partie de Candy Crush, j’écoute d’une oreille distraite et indiscrète la discussion de deux nénettes assises à côté. « Fentes », « blocages », « Ah oui, c’est clair, on a ramassé, mais quel pied ! », « jam », « Tu ne devineras jamais la taille du bleu que j’ai sur la fesse gauche ! »… Il n’en fallut pas plus pour attiser ma curiosité… » Heu, les filles, de quoi vous parlez ?! »
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Mi-octobre 2013
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Pfff, j’ai froid. Voilà deux heures que nous sommes une bonne trentaine de filles sous ce pont, assises sur le goudron, à écouter un grand gaillard aux airs d’ours mal léché nous faire un discours surprenant par son ambivalence. D’un côté, des yeux qui brillent à évoquer un sport né aux Etats-Unis et vieux de près de 80 ans, qui permet de vivre des aventures extraordinaires, procure des sensations qui vous hérissent le poil, vous offre une nouvelle famille. De l’autre, des yeux qui fusillent parce que oui, ça demande de l’investissement, c’est difficile, vous aurez froid, vous aurez chaud, vous aurez mal, il faudra donner de votre personne. L’instinct ? Une tendance masochiste ? Un besoin de me prouver que oui, je peux encore vibrer fort pour un sport ? Je ne saurai jamais, mais en ce mois d’octobre 2013, j’ai décidé de me lancer dans le roller derby.
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Fin octobre 2013
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Comment croiser, comment sauter, comment tomber (important ça, important !), comment bloquer, comment freiner, bref comment avoir les bases nécessaires pour pouvoir pratiquer le derby ! Après chaque séance d’entraînement, je repars ravie, impatiente d’être à la suivante, envieuse de me débrouiller comme les joueuses intraligues, A ou B que l’on peut voir s’entraîner à côté, ravie de toutes ces nouvelles copines animées d’une nouvelle passion commune. Je repense aux mots de Pauline, l’une des deux filles du magasin : « Tu verras, bientôt tu respireras, mangeras, dormiras derby ! ». Et à ce que j’avais pensé à ce moment-là sans oser le dire : « Oui oui, bien sûr… Excuse me but I have a life, OK ?!? »… Plus que des mots, une prophétie : ça y est, j’ai le derby dans la peau !
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Décembre 2013
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La saison est lancée, c’est le premier tournoi intraligue. Une journée que je passe à voir toutes ces filles se démener sur un track pour passer, bloquer, marquer. Occupée à la buvette ou à la penalty box, mes pieds me démangent comme jamais. Je stresse, je vibre, je veux chausser, je veux faire pareil, je veux en être ! C’est aussi à cette période que mes copines, amusées de me voir débarquer à l’entraînement encore habillée de mon collant rose pâle de danseuse classique avec mes chaussons dans le sac à côté des patins, me baptisent BlockSwan. L’aventure est en marche…
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Fin février 2014
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Les épreuves des minimum skills s’enchaînent, les autres coachs viennent nous observer. Pour nous, le souci de toujours mieux faire, se dépasser à chaque fois, démontrer nos capacités et, à défaut de talent, notre engagement et volonté de tout donner. Et puis un jour, le verdict tombe, il y en a 10 qui passent chez les intraligues et…
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« YEEEEAAAAAHHHH, j’en suis !!! ». Ou alors est-ce « MERDE, j’en suis… » ? Sentiments mêlés…
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Certes, je suis fière, je me dis que je me débrouille pas si mal, je reçois cette reconnaissance si précieuse des coachs, j’appelle carrément ma maman pour lui annoncer… Mais cela implique aussi que nous serons sur le track début mars, membres à part entière d’une équipe pour nos premiers matchs…
« Nan mais attends, ils ne vont pas nous faire jouer, c’est trop tôt. »
« Oui, t’as raison, on est des bébés inexpérimentés à côté de ces filles. »
« Clair, on se ferait massacrer, on n’est pas prête. »
« Mais en même temps t’imagines, sur le track, flanquées de nos maillots, numéros et pseudos ? J’en ai la chair de poule. »
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Je ne me sens pas prête, ignorante du jeu, des stratégies, des règles. Comme tout challenge qui se présente à moi, plutôt que de le laisser me submerger, je décide de l’affronter. Alors j’imprime les règles et potasse à chaque occasion, aux entraînements les questions fusent « Et là, il faut faire quoi ? Et dans cette situation ? », je regarde des matchs, on s’organise même des déjeuners derby-brief ! Et puis je sais quelle équipe je vais intégrer, avec Lisa et Nathalie, nous serons des Iron Squids ! On rencontre nos coéquipières qui nous accueillent de la plus jolie des façons. Elles nous conseillent, nous rassurent, partagent leurs expériences, heureuses ou malheureuses. Les entraînements sont un régal parce qu’enfin, après des mois d’apprentissage, on joue et pas avec n’importe qui !
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9 mars 2014
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Ça y est, nous y sommes. Une semaine que je me lève et me couche complètement nouée. La veille au soir, j’ai senti mes entrailles se serrer encore un peu plus fort, comme si c’était encore possible. Et puis c’est le jour J. Arriver au gymnase non plus comme simple bénévole ou NSO mais comme joueuse. Aller aux vestiaires non pas pour y laisser l’eau et les bananes des patineuses mais pour y poser mon sac. Retrouver les copines non pas pour assister à un spectacle mais pour le faire.
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On me grime en BlockSwan, on va s’échauffer, le souffle est court, le cœur bat vite mais autour de moi des regards bienveillants, des mots d’encouragement.
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Les Iron Squids commencent le tournoi en affrontant les Dirty Vixens, puis elles enchaîneront avec les Tenacious Dolls. Nous voilà sur le banc, on nous explique comment les choses vont se passer. J’écoute Mémé Castagne et Big Jim et je visualise deux chirurgiens qui, à la veille d’une intervention à cœur ouvert, vous exposent le protocole opératoire. Et c’est parti. Les lignes de bloqueuses se suivent et régulièrement j’y ai une place. Je me sens parfois comme Bambi sur des patins, je passe par la prison sans même avoir eu conscience que j’ai fait quelque chose d’interdit. Mémé me propose de jammer et, alors que je commençais à me sentir un peu plus à l’aise et moins stressée sur le track, me revoilà toute tremblotante, l’étoile sur la tête à attendre le Tweet de départ. Bon, il faut admettre que mon expérience de jammeuse s’est majoritairement déroulée en prison… Aïe aïe aïe. Mais lorsque j’en étais libérée, j’ai pu passer des joueuses, éviter ou subir des blocks, voir le boulot de mes coéquipières pour me faciliter le travail. Je pratique, j’apprends et le tout en prenant beaucoup de plaisir, le mot d’ordre de l’équipe !
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A l’issue de cette journée, une défaite, une victoire et un nouvel angle de vue sur ce sport qui, comme promis par une soirée glaciale d’octobre 2013, me permet de vivre des aventures extraordinaires, me procure des sensations qui me hérissent le poil et m’a offert une nouvelle famille.
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marie
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Marie L. alias BlockSwan #27
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Crédits photographiques : Emilie Eychenne (http://www.rememberhappiness-photographie.fr/).