Comment l’équipe Nothing Toulouse est devenue N°1 de roller derby féminin en France grâce aux Belges (ceci n’est pas une blague) !

 

Quatorze filles de l’équipe All-Stars, un coach, un bench et deux referees de Roller Derby Toulouse partis à la « conquête » de la Belgique, ça donne 1000 km parcourus en avion, 300 en train, quelques litres de bière et deux valises temporairement perdues dans la précipitation… Mais ça valait le coup ! Samedi 25 et dimanche 26 janvier, nous, les Nothing Toulouse, avons tour à tour affronté les Go-Go Roller Girls de Gand et les One Love Roller Dolls d’Anvers. Retour sur ce week-end excitant où challenge et plaisir ont fait bon ménage.

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La veille, vendredi 24 janvier, nous nous retrouvons tous, joueuses et accompagnants, à l’aéroport de Toulouse-Blagnac dans une atmosphère où la détente se mêle cependant à la concentration des esprits. Les blagues fusent comme d’habitude, mais les conversations tournent quasiment toutes autour de ce match du lendemain qui nous guette : les Go-Go Roller Girls de Gand nous attendent de pied ferme, bien décidées à battre comme il se doit notre équipe A toulousaine se situant douze rangs derrière elles, soit à la 27e place du classement européen. Pour nous, le challenge est de taille et nous nous préparons depuis des semaines à ce qui va être notre plus gros match de la saison.

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L’organisation est excellente, les billets d’avion et de train ont été achetés en avance par notre Président, Nicolas Goury, et le couchage par petits groupes est prévu chez nos adversaires – en espérant qu’aucun coup bas ne se profile à l’horizon… Mais le monde du roller derby est petit et ce sont plutôt la solidarité et l’enthousiasme qui sont les maîtres mots de ce genre de rencontre internationale.

Le lendemain midi, nous nous retrouvons tous dans un complexe sportif à faire pâlir d’envie l’association Roller Derby Toulouse. Les festivités s’ouvrent sur un premier match où nos compatriotes françaises, les Brest Métropole Océane Roller Derby Girls (équipe A), affrontent les Cuberdonnas (équipe B des Go-Go Roller Girls). De quoi nous mettre dans tous nos états dès le premier virage abordé : ça y est, les chansons paillardes et bretonnes en tous genres s’élèvent dans les airs, le ton est donné. Nos amis les Belges ripostent, nous renchérissons, mais nos encouragements ne suffisent pas : la victoire est accordée haut la main aux Cuberdonnas.

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La tension monte progressivement chez mes coéquipières qui ont déjà commencé à s’échauffer sur la piste. Les combinaisons de roues ont été préalablement essayées sur ce sol que nous ne connaissons pas. Après quelques minutes de « sophrologie » au sol et loin des regards pour concentrer notre énergie, notre coach Slash Gordon nous prodigue ses derniers conseils et nous sommes finalement parées pour le début du match à 19h30. Charles Martèle, notre bench, envoie sa première ligne de quatre bloqueuses et une jammeuse… Et c’est parti ! Le coup de sifflet signe le début de la première période d’un match qui s’annonce tendu et qui restera serré jusqu’à la dernière minute. La pause réglementaire au bout de trente minutes de jeu nous permet de souffler un peu et de prendre du recul sur ces premiers jams afin de mettre en place la stratégie la plus adaptée. Celle-ci pourra se révéler décisive pour la suite. 100 points à 95 pour l’équipe Nothing Toulouse, autant dire que nous menons d’un cheveu et qu’à tout moment la tendance peut s’inverser… Toutefois, les filles de Gand subissent une pression que nous ne ressentons peut-être pas autant : étant douze places derrière elles, nous sommes attendues perdantes d’au moins 100 à 150 points sur ce match… Si l’équipe A de Gand ne remplit pas sa mission, elle risque de dégringoler franchement dans le classement. Fin des quinze minutes de repos, la deuxième période reprend et nous repartons plutôt confiantes sur le track, en tout cas bien décidées à continuer sur notre lancée et à ne pas nous laisser impressionner. Notre force sur ce match ? Nous conservons notre sang-froid et restons concentrées à 100% jusqu’à la dernière minute, contrairement aux Belges qui, en voyant notre organisation et notre solidarité, commencent à perdre patience et confiance… Malheureusement, les fautes fusent, les joueuses des deux équipes remplissent tour à tour la prison et nous laissons trop de power jams à nos adversaires.

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Malgré cela, c’est la victoire qui nous attend au bout de ces soixante minutes de jeu passionné et enragé ! Nous y avons cru et nous l’avons fait : le tableau affiche bel et bien 230 points en notre faveur. C’est une explosion de joie qui se fait entendre chez les Nothing Toulouse sur le dernier coup de sifflet. Nous nous tombons toutes dans les bras, le coach et le bench n’y échappent pas et je vois des larmes perler, voire couler, des yeux de mes chères coéquipières. Puis, nous remercions et embrassons cette belle équipe de Gand qui nous a donné du fil à retordre et nous a fait passer un grand moment de roller derby.

Cette rencontre annonce un tournant pour notre équipe. Grâce à cette victoire « à l’arrachée », nous allons enfin être mieux (re)connues auprès des autres équipes européennes, cela promet donc de beaux matchs pour la saison prochaine. C’est aussi l’occasion de « voler » sa place à l’équipe A des Paris Roller Girls qui nous avait battues la saison dernière : désormais, la première équipe féminine française de roller derby, c’est nous, les Nothing Toulouse ! Et comme si la récompense n’était pas assez grande, ce même soir où nous sommes à la fête, le groupe Canal+ diffuse sur la chaîne Planète+ A&E le premier épisode d’une série documentaire en six épisodes de 52 minutes consacrée à l’association Roller Derby Toulouse. L’équipe de production, dirigée par Yann Saint-Pé, est d’ailleurs présente depuis le début du week-end pour nous filmer : pas moins de cinq caméras ont enregistré cette « conquête belge » qui sera l’objet du troisième épisode. En attendant sa diffusion, vous pouvez visionner gratuitement le premier opus et découvrir le fonctionnement de notre belle association et l’engagement de ses joueuses et de ses bénévoles en cliquant ici !

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Mais les trépidantes aventures des Nothing Toulouse en Belgique ne s’arrêtent pas ici ! Après avoir fêté notre victoire dans un bar typique du centre ville et tenté de dormir malgré l’excitation, nous avons pris la direction d’Anvers le lendemain matin. Nous y attendait un match retour contre les joueuses des One Love Roller Dolls que nous avions battues – avec plus de 150 points d’avance – en juin dernier.

Faust

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Un dimanche en Belgique

Réveil matin 9h00, j’me réveille comme une fleur… Bon, plutôt comme un cactus, ok. Ça pique un peu, ça tire, mais ça fait du bien ! Ça sent la victoire dans la chambre (le dodo aussi). Notons le doux réveil du coach qui a passé la nuit dans la même maison que nous : la porte s’ouvre, le grand Slash Gordon fait son entrée, la lumière s’allume violemment, un somptueux « Debout, c’est l’heure ! » retentit ponctué d’un coup de tatane dans le matelas de Zaza du Démon. La messe est dite, en avant.

Nous arrivons à la gare de Gand après avoir été déposés par nos délicieux hôtes (MERCI Eva, Elke et Walter !). Bravehurt reprend des couleurs en voyant tout le monde débarquer A L’HEURE (si si, véridique…). Puis tout va très vite : le train, la gare (dans laquelle nous avons fait une flashmob version Queen by la Nothing Toulouse – The Voice n’a qu’à bien se tenir !), le panini kip poulet qui pique la bouche, un dinosaure, les One Love qui nous kidnappent dans leurs voitures, l’entrée au gymnase…

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Débutent rapidement le captain meeting, la préparation d’avant-match et un peu de sophrologie dont seul (ou presque) Slash a le secret (Oh ça va ! On ne va pas vous filer tous nos tuyaux non plus !). C’est un moment vraiment important pour les joueuses : certaines, pour ne pas dire toutes, en tirent réellement des bénéfices pour la concentration avant de commencer un match.

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14h30 : lancement du match. Nous savions plus ou moins à quoi nous attendre en rencontrant les One Love car c’est l’équipe que nous avions affrontée à la French Connection III pour clôturer la saison précédente. Ces nanas sont adorables mais, dès qu’elles mettent un patin sur le track, elles se transforment en dragons ! Pow ! C’est une équipe qui tape fort et on a encaissé les coups comme nous l’avions fait la dernière fois. Les points se sont enchaînés, les fautes aussi (bon, bien moins que la vieille, certes…). Le sol était extrêmement glissant, chose à laquelle nous ne sommes pas habituées (le goudron, ça glisse que quand c’est mouillé…), ça n’a donc pas été si évident de mettre en place les stratégies travaillées les semaines précédentes en entraînement. Les conditions de match étaient aussi différentes de celles de la veille car c’était un match à huis clos : pas de public, peu de bruit. Croyez-moi, les cinq secondes avant le premier jam, lorsque les filles sont en place, les visages cernés par la concentration et que le silence est d’honneur, ça prend aux tripes… Je crois d’ailleurs que c’est l’image qui me reste en tête de ce week-end en Belgique : le calme avant la tempête, mes teammates sous pression et engourdies par la fatigue, mais avec ces sourires en coin, ceux de la victoire de la veille qui en espèrent une nouvelle dans les deux heures à suivre. Durant tout le match, chaque fille a tenté d’être la plus calme possible sur le banc, les coachs aussi. Ça a fonctionné pour certaines, pas pour toutes…

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A la fin de la première mi-temps, nous menions au score. Pendant la seconde période, deux joueuses des One Love se firent exclure pour avoir atteint leur nombre de fautes autorisées sur le match (coucou Andrea !). En parlant de Full Out, j’en ai moi-même vécu un lors du match de la veille (le premier, mais j’espère surtout le dernier !) et je peux donc imaginer ce qu’elles ont pu ressentir sur le bord du track, sans patins, à regarder leurs coéquipières se démener pour essayer d’arracher les derniers points du match… La seconde période se termine et le score nous est favorable : deuxième victoire du week-end !

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J’ai une fois de plus été bluffée par la force de cohésion de notre équipe, malgré les coups de gueule et les caractères de cochon (pardon du plus profond de mon coeur…). Je crois que je tombe amoureuse de chacune d’entre elles et d’eux deux un peu plus à chaque fois, à chaque match, à chaque tape dans le dos, à chaque frappe sur le casque, à chaque remarque et reproche, à chaque clin d’oeil, à chaque conseil. Parce que c’est ça qui nous fait grandir au roller derby, cette force indescriptible, indestructible, qui nous prend aux tripes, qui nourrit la passion de l’équipe, qui permet à chacune et chacun d’entre nous de laisser une trace de son passage dans l’histoire de la Nothing Toulouse. La suite de la saison promet d’être magique !

Le retour à l’aéroport ne se fit pas sans mal. Nous avons couru pour attraper un train et, une fois les 15 personnes à l’intérieur… Les 15 ?! Ah dommage, il en manque trois ! On redescend toutes les valises, le contrôleur siffle, on saute sur le quai… Re-dommage ! Deux valises sont restées dedans ! Après moult coups de téléphone et une organisation digne de celle d’un marathon, nous finissons par laisser notre Paquita à Bruxelles (ses papiers étant dans sa valise, elle ne pouvait prendre l’avion à temps). Mais que tout le monde se rassure : elle est rentrée entière, avec les deux valises et même le sourire aux lèvres !

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Finalement, ce fut un week-end plein de derby, de patins, d’amour, de bleus, de tendresse, de rencontres, de bagarres, de retrouvailles, d’expulsions, de prison… L’ascenseur émotionnel digne d’un week-end derby réussi ! Vivement la prochaine.

Nina Backdraft

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Crédits photographiques : Ian Roofthooft (https://www.facebook.com/ian.rwb?fref=ts), Trebel Prod, Emma Yepez.