Journal de bord d’un ex-puceau du derby

 

Dimanche 31 mars, 9h et des brouettes. Choc. Je me réveille et ouvre les yeux. On vient tout juste d’atterrir sur le tarmac. Les vibrations s’intensifient et l’appareil commence à ralentir. Les derniers relents de Jack Daniel’s se rappellent à mon bon souvenir. Nous sommes de retour dans notre ville, Toulouse, 36h après l’avoir quittée. Ça fait du bien de rentrer. C’était encore mieux de partir. Explications.

 

Vendredi 29 mars, 9h47, dans mon lit. J’avais mis mon réveil à 11h, histoire de dormir suffisamment. Tu parles, une fois éveillé, impossible de me rendormir.  Je me suis prévu un programme light : un tour à Décat’, une séance de kiné, la préparation du sac. En me levant, je pense déjà derby. Je sens que je vais y penser les 36 prochaines heures. Je prie pour que mon cerveau ne court-circuite pas d’ici là.

 

13h17, brève de kiné. « Bon, votre derby là, j’ai toujours pas compris, il y a un ballon ou pas ? Ça ressemble à du football c’est ça ? Avec des trucs aux pieds qui roulent ? C’est pas un peu un sport de filles ? »

 

15h46, dans l’internet. Tout au long de la journée, le voyage s’est aussi organisé aussi sur Facebook : « Qui prend la voiture de qui ? », « On fout les chinois dans les valises en soute non ? C’est pas dans leur culture ? », « Qui prend le générique de Baywatch ? », « Le saucisson passe en cabine ou c’est considéré comme une arme bactériologique ? », « Bravehurt, tu prends tes piles pour le vibro ? ».

 

17h06, dans ma chambre. L’horloge avance doucement. Mon sac est prêt et je n’ai rien oublié. Je crois (« Je n’ai rien oublié ? Attends, est-ce que j’ai oublié un truc ? Ah merde, je suis sûr que j’ai oublié un truc ! », re-check de la valise pour 6ème fois). Je vais finir par arriver à la bourre.

 

18h11, dans le bus n°22. Ah merde, j’ai oublié de bouffer aujourd’hui.

 

18h35, médiathèque de Toulouse. Slash Gordon et Bravehurt passent nous prendre avec Max’s Môme Dherbycide. Direction le parking de l’employeur de Big Jim à 10 mn à pied de l’aéroport. Le trajet jusque là-bas est assez calme. Slash et Bravehurt causent derby, Maxi Môme fait des blagues pourries. Je ne pense à rien.

On arrive sur le parking qui jouxte l’aéroport. L’ambiance est plutôt bon enfant et détendue. Tout le monde est un peu excité de partir pour jouer. Il faut dire que sur le papier, ça a l’air plutôt bien rodé. L’avenir nous prouvera que, même si on adore quand un plan se déroule sans accroc, c’est quand même rarement le cas.

 

20h37, aérogare de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Gi-Djay a bien récupéré mon maillot. Ouf.

 

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23h06, aéroport de Londres Gattwick. On vient d’atterrir. On a un peu foutu le bordel dans l’avion. Max’s Môme Dherbycide en lisant les règles à tenter de réinventer le derby à base de lancer de couvre-chef. Je prends mes deux décontractants musculaires en faisant la file d’attente à la douane. Une dizaine de minute plus tard (et en ayant passé la douane, étonnant !), j’en ressens les effets. Je suis détendu. Littéralement. Le reste passe dans un rêve. Location des voitures, je m’y endors.

 

2h07, une aire d’autoroute en Angleterre, quelque part entre Londres et Birmingham.  Les voitures s’arrêtent. J’entrouvre un œil et vois que l’on pénètre dans une espèce d’aire d’autoroute. Mr. Furieux dort à côté de moi. La voiture se gare et on sort. « Petite pause », m’annonce Bravehurt.

Il fait froid en Angleterre, très froid. On file se réfugier dans les boutiques. Sauf Angry Bear qui décide de rester dormir dans la voiture. Les conducteurs prennent un café, je me prends un sandwich. Il y a même deux casinos (true story), un Burger King (fermé) et une superette. Au bout d’environ 30 minutes, on décide de repartir.

Sauf qu’une des voitures en a décidé autrement. Elle refuse de démarrer. Tout simplement. Elle tousse. Mais ne démarre pas. Branle-bas de combat.

« T’as essayé de fermer et ouvrir les portes ? », « Ça se démarre en poussant ce genre de truc ? Ah merde, c’est une automatique ! », « Branchez/débranchez la batterie ! », « Y’a un manuel là-dedans ? », « Vous pensez qu’on restera coincé ici assez longtemps pour que le Burger King ouvre ? Attendez, je vais voir les horaires. »

Oui, j’avoue, la dernière est de moi.

Gi-Djay décide d’appeler l’assistance téléphonique. Petit moment magique de démonstration d’un franglais de haute voltige (« iaisse, oui ar ate ze stéchionne, note fare fraume londonne. Iaisse, chi (the car) ize braukenne. Nau, braukenne, ite ize naute startinnegue »).

Finalement, on décide de splitter l’équipe en deux. Deux voitures partent devant histoire qu’ils gagnent un maximum de sommeil.  Les deux autres restent derrière.

En tant que fier défenseur d’un collectif à toute épreuve et d’une solidarité de tous les instants, je pars dans les voitures de devant en laissant les autres dans la merde et m’endors dans le véhicule.

J’apprendrais plus tard que le technicien est arrivé 10 minutes après et que la voiture ne démarrait pas pour une sombre histoire de pile. Ne me demandez pas plus de détails, je m’y connais autant en voiture qu’en boucherie chevaline.

 

3h du matin, par là pas loin, quelque part plus près de Birmingham que de Londres. Je me réveille en sentant que l’on sort de l’autoroute. Nous empruntons les routes de Birmingham. Il doit être dans les trois heures du matin. Nous approchons d’un hôtel. Big Jim ralentit. Devant la grille, une BMW attend. On voit un couple s’approcher, un échange a lieu : un petit paquet de poudre blanche contre des billets.

Deux possibilités : soit le sucre est devenu hors de prix en Angleterre, soit des types viennent de se faire livrer de la coke, à la vue de tous. Trop cool, si ça se trouve, il y a une soirée à l’hôtel où l’on crèche et tout le monde s’éclate à mort avec de la coke, de l’alcool, du bon son et une piscine.

La vue de six prostituées me fait déchanter. Et oui, ce sont des prostituées plus Matabiau Style que DSK-like. Elles sont au pied de l’hôtel avec des types qui sont soit leurs macs, soit des dealers, soit les deux à la fois. Ambiance.

On y apprend que l’hôtel va être fermé le lendemain, que le ménage n’y est quasiment plus fait et qu’il s’agit d’un hôtel de passe. En effet, je vois rentrer un mec avec trois filles accrochées à sa taille.

Quatre Quadettes sont arrivées en Angleterre dans l’après-midi. Anxio Jen, Sweenie Odd, Bloody Betty et Jungle Dyna nous attendent dans le hall de réception. De l’hôtel d’à côté. Tu m’étonnes. Dans le genre pas rassurant pour des filles, le nôtre d’hôtel se pose là.

Après le coup de l’aire d’autoroute, ce petit rebondissement ressemble à la suite d’un petit vaudeville. Branle-bas dans le hall de réception de l’autre hôtel. Qui dort où ? Pourquoi ? Allons-nous nous faire violer ? Qui devra se prostituer ? S’agit-il d’un coup monté de la perfide Albion pour nous faire perdre ? Les filles nous racontent l’hygiène déplorable de l’endroit, j’entends les mots « rats », « sang dans les douches », « bordel dans les chambres », « pute », « sperme » et « MST » défiler.

Quelqu’un demande où est Angry Bear. En fait, pendant tout ce temps, il est resté dormir dans la voiture.

On re-splitte l’équipe. Certains prennent une chambre dans l’hôtel à peu près normal. Nous sommes huit à tenter l’hôtel de passe. Honnêtement, je m’en branle. Je suis tellement crevé que je pourrais dormir sur des chiottes. Sales. Et puis, je suis sûr que ça sera toujours plus confortable que le bateau via lequel j’ai débarqué en France.

Finalement, ça n’était pas si sale que ça. Ça puait pas trop et j’ai pas entendu de bordel (mais j’avais mis les écouteurs pour ne pas être dérangé par les pets et ronflements de mes camarades de chambre). On était quatre pour des chambres prévues pour trois. J’ai dormi par terre. Gros Ben et Bravehurt se sont partagés un lit. Angry Bear a dormi sans couverture. Fair enough. Et je dois vous avouer que j’ai bien dormi. Environ quatre heures.

Le réveil, le lendemain est difficile. Mais il faut y aller. Il doit être 10h30 du matin. On se lève, on embarque les affaires et direction l’hôtel d’à côté.

Les autres sont là. Dans le vestibule de l’hôtel « normal ». Ils sont détendus. La plupart. Concentrés mais détendus.

Je dois avouer que la pression commence à monter. Eux ont déjà vu l’autre côté. Moi, j’en suis encore à me demander si je saurais toujours patiner quand le coup de sifflet retentira.

Un petit déjeuner anglais est prévu. A volonté. Alleluia. Je m’enfile 8 sausages, 4 tranches de bacon, 4 tranches de pain de mie et des beans. Plein de beans. Au bout d’un moment, je me dis qu’on va quand même jouer dans 5 heures et que si je pouvais éviter de faire une indigestion, ça serait pas mal. Gros Ben ne partage pas mon point de vue et s’enfile 3 assiettes pleines.

Vers 12h30, on se décide à décoller pour le gymnase. Les rues de Birmingham de jour ne sont pas beaucoup plus belles de nuit. Ça pue la crise. Bâtiments en ruine, maisons abandonnées en vente.

En arrivant à la salle, des souvenirs remontent dans la tête de mes coéquipiers. Le championnat d’Europe s’est déroulé au même endroit. Pour ceux qui y étaient, l’émotion se fait sentir.

 

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Interview d’avant-match avec Slash Gordon et Mr. Furieux.

 

Je découvre les avant-matchs : test du sol, échauffement, un peu de patinage, préparation de l’équipement. Petit à petit, les blagues se font plus rares. Nous tâchons de nous concentrer et les coachs, Cash Pistache et Juicy Joker, nous demandent de ne pas nous disperser. Les discours d’avant-match ont lieu. Les derniers détails, les derniers rappels. On sort du vestiaire et nous nous dirigeons vers la piste. Ça va commencer.

 

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Les Quad Guards sont à leur plus haut niveau de concentration.

 

15h29, en direct de mon cerveau, match moins une minute. « Ok Dieu. Je n’ai peut-être pas été ton plus fidèle serviteur et je dois t’avouer que ça n’est toujours pas le cas. Je m’excuse pour la fois où j’ai uriné sur le parvis de ton église. Et aussi pour toutes les fois où j’ai fait l’amour sans être marié. Et oui, j’ai même mis des capotes. Je suis désolé. Mais franchement, c’est plus à toi de croire en nous que nous de croire en toi, non ? Non ? Non. Ok. Mais je t’en supplie, fais que je ne tombe pas lors du tour de présentation. Et fais que je me rappelle comment on patine. Parce que là, à quelques secondes de devoir le faire, je te jure que j’ai la putain d’impression de ne plus du tout savoir comment on fait. Si tu fais ça pour moi, je te promets de réfléchir sérieusement à cette proposition que tu m’as faite de devenir nonne. Merci d’avance, Dieu, tu déchires grave sa mère et j’ai toujours trouvé que t’étais trop swag. Mais juste après Justin Bieber, faut pas déconner quand même. »

 

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Dans quelques minutes, ce mec aura l’arcade ouverte et fera vachement moins le malin.

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15h32. Ouf, j’ai réussi à patiner et le tour de présentation s’est plutôt bien passé. Sauf pour Max’s Môme Dherbycide qui est à l’infirmerie, une arcade ouverte. Je ne sais pas encore ce qui s’est passé mais ça a l’air sérieux. On perd les joueurs comme les parents du Petit Poucet perdaient leurs enfants. Pas le temps de réfléchir. La première ligne est annoncée par Juicy Joker. Et c’est du lourd. Du très lourd.

 

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« Putain, Cash, tu crois que ça va se voir qu’on a perdu les joueurs ? »

« Non, t’inquiète, je vais jammer au pire. »

 

Le 1er jam est lancé. On entend uniquement les coups des sifflets. Vu du banc, tout est différent par rapport aux tribunes. On n’entend pas la musique. Les commentateurs n’existent plus. Le public n’est pas là. Et ça n’est pas une question de perspective, j’ai déjà été au cœur de l’action en tant que NSO (Non Skating Official, arbitre pour handicapé des quads). Mais quand t’es sur le banc, plus rien n’existe sauf le mec qui est assis à côté de toi et le bench. Je suis totalement immergé dans le match.

 

15h36, le troisième jam. « Connard, B2 ! » Wut ? C’est moi connard ? « Oui toi, Connard, t’en vois d’autres des connards, Connard ? » Je me lève et prends place sur le banc. Sourire de Juicy Joker. Le genre de sourire, tu sais pas si c’est un sourire de compassion, de confiance ou de pitié. On dirait bien que ça va être le premier jam de mon premier match.

Je regarde sur ma droite. Mon B1. Big Jim. Big Jim est grand (d’où le ‘big’). Big Jim est rassurant, toujours souriant et jamais énervant. Ce mec est un phare. Quand je suis perdu sur le track (ce qui arrivera très (trop) souvent), il suffit de lever la tête, de voir la sienne qui dépasse et de foncer juste à côté. Qui a dit que le roller derby était un sport compliqué ? Il me regarde et me sourit aussi. Je dois avoir l’air de me chier dessus. Je pense qu’il est très possible que ça soit le cas. Pas le temps de vérifier cependant. Le jam se poursuit et on en attend patiemment la fin pour pouvoir rentrer.

Limite, à deux doigts de pénétrer pour la première fois sur le track, tu as envie qu’une invasion zombie débarque dans le gymnase et interrompe le match. Parce que là, dans 10 secondes, tu vas devoir montrer ce que tu vaux réellement. Dans 10 secondes, tu seras avec 9 autres mecs avec des patins aux pieds à tourner en rond pour se taper les uns sur les autres. Et parmi ces 9 mecs, 5 pensent sérieusement à te faire la peau. Mais putain de bordel de merde qu’est-ce que je… Tweet tweet tweet tweet. Tweet tweet tweet tweet. Tweet tweet tweet tweeeeeeeeeeeeeet. OH SHI-…

 

10 secondes plus tard, sur la ligne de pivot. Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien. On est devant les 4 autres bloqueurs. Je regarde derrière moi pour constater plusieurs choses :

- Les Anglais sont grands et plutôt costauds. Par rapport à mon référentiel, je dirais qu’ils me rendent pour la plupart 20 kilos de muscle et 10 cm de taille dans la vue.

- Ils sont quatre.

- On est censé les empêcher d’exploser notre ligne.

- Haha.

Les « Five seconds ! » retentissent. Ne croyez pas les gens qui vous disent que le temps s’allonge, qu’il y a un truc au ralenti et que tu vois ta vie défiler sous les yeux. Non, ces cinq secondes, tu les vois pas passer. Tweeeeeeet. Ça démarre. « Intérieur ! ». Oooooh putain, ça va vite. « Extérieur ! ». Oooooh, putain ça va vite. « Le muuuur ! ». Oooooh, putain ça va vite.

C’est simple, lors de mon premier jam, je n’ai strictement rien compris à ce que qui s’est passé. Ça a probablement duré 30 secondes ou peut-être 30 minutes, je ne saurais dire.

Le jam terminé, je retourne sur le banc, un peu frustré de n’avoir pas su/pu gérer. Je ne sais même pas si j’ai patiné. Je tâche de me reconcentrer. Mais je commence à sentir quelque chose. Une envie. Une petite graine a été semée. J’écoute quelques instants cette sensation. Ok, c’est le track qui m’appelle. Je suis accroc.

C’est assez difficile à expliquer pour ceux qui n’ont jamais été sur un banc de roller derby. Mais il y a un type qu’on appelle le line-up manager. Chez nous, c’est Juicy Joker. Ce mec décide qui joue et qui ne joue pas à chaque jam. Il y a 5 joueurs de chaque équipe à chaque jam. Maintenant, imaginez 14 types complétement accrocs et en manque. Sauf qu’à la place d’un shoot d’héro, ils veulent aller sur la piste. Et que c’est le bench qui décide s’il te file ta dose ou pas. J’ose pas imaginer la pression. Nous sommes 14 petits chiots à la SPA qui le regardons les yeux pleins d’espoir en espérant être adoptés, « Je suis mignon, je suis tout gentil, mets-moi sur la prochaine ligne s’il te plaît… », le tout avec des yeux de merlans frits. Il me semble même avoir entendu un mec miauler une fois. Et on file ce pouvoir-là à ce type. Le pouvoir de faire ton bonheur ou pas quand tu joues au derby. Syndrome de Stockholm oblige, on en vient à l’adorer.

 

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« S’il te plaît, fais-moi jouer. »

 

Quand un de tes potes sur la piste va en prison, un des mecs doit rester sur le banc avant le départ du jam. C’est Juicy Joker qui décide aussi. Chez nous, il te tape sur le casque et te balance un « Tu restes ! ». Quand il te tape sur la tête pour que « tu restes », tu fais genre « Ok, pas de souci, c’est pour l’équipe ». En vrai, t’as juste envie de pleurer et d’appeler ta mère pour lui dire à quel point ce monde est injuste.

 

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Et pourtant, il va passer.

 

15h42, depuis le banc. « Restez concentrés ! ». Le score au bout de 10 minutes de jeu doit être de 80 à 15 ou pas loin. Je reviens juste de mon second jam. Cette fois-ci, ça s’est plutôt bien passé.

Sur le track, ma stratégie est simple. Reste avec ton pote qui a l’air le plus balèze. Lui, il sait. Toi, t’es une brique. Une brique toute seule, c’est moche. C’est tout carré, ça sert à rien et tu finis dans une décharge toute pourrie. Mais une brique dans un mur, ça a la classe. Ce second jam, j’ai été surpris d’avoir été bien plus lucide que dans le premier. J’ai vu le jeu, su anticiper les actions du jammeur et tâché de garder ma position. Au final, j’ai fait le seul truc que je sache faire. La brique.

Je lève la tête et regarde le track. Slash Gordon a décroché. Le mur de trois Quad Guards devant est attentif. Je vois notre capitaine bloquer, seul, le jammeur adverse. Il le sort une fois. Deux fois. Trois fois. Toujours seul. Epuisé, le jammeur se contente de pousser Slash qui l’amène tout doucement histoire de l’insérer dans le mur. Comme le pêcheur amène tranquillement la truite épuisée au bord de la rivière.

Le roller derby, c’est beau comme un poisson dans une poêle à frire. Avec du sel et bien cuit.

 

15h43. Max’s Môme Dherbycide est de retour parmi nous. Apparemment, ça va. Je suis soulagé d’apprendre qu’il pourra tenir sa place.

 

15h59. La première période de jeu se déroule et se termine avec une confortable avance. La mi-temps est sifflée. J’ai l’impression qu’on joue depuis dix minutes. La mi-temps en dure quinze. On part remplir les bouteilles d’eau avec Gi-Djay. On échange nos impressions. On a le sourire, forcément.

On a de l’avance. L’équipe a bien joué. Simple, concentré et ça passe. Leurs jammeurs s’épuisent sur nos murs. J’ai joué pas mal de jam car nous ne sommes pas si nombreux que ça finalement. Krusty Démon est resté à la maison à cause de son accident de moto, Gros Ben a du mal à récupérer sa cheville. Et Angry Bear, un de nos jammeurs, commence à être malade. Il nous a fait un gros pâté.

Briefing très rapide. La consigne : « Continuer à jouer simple, restez concentrés ! ». Car on le sait, notre faiblesse, c’est de se déconcentrer, de nous sentir trop à l’aise. Demandez aux Southern Discomfort ce qu’ils en pensent. A domicile, contre Lincolnshire, c’est aussi ce qui nous a causé une grosse frayeur.

Cette pause passe également en un éclair. On repatine un peu pour garder le corps chaud. On change de banc. La seconde période est prête à redémarrer.

 

16h10. « Connard, B3 ! » Je me lève et pose mon cul sur le banc de départ. Maintenant, il n’y a plus aucune appréhension. Juste l’envie d’aller sur le track et d’aller se faire délicatement masser les épaules. Avec tes potes. Ils me rassurent (« Tu fais du bon boulot. Pour un jaune. », les bâtards) et me guident.

Je fais quelques fautes débiles (« de jeunesse » me répondra-t-on à la fin du match), je joue du mieux que je peux.

Encore une fois, on se déconcentre. Nos joueurs cadres se font sanctionner et les tours en prison commencent à s’enchaîner. On se prend 50 points. Même si l’avance reste la même, voire se creuse, on ne peut pas se permettre de se relâcher systématiquement comme ça. Cette fois-ci, c’est passé. On a pu voir par le passé que parfois, ça ne passait pas.

A un moment, je me retrouve seul sur la ligne de départ. Bravehurt et Slash en prison. Notre jammeur aussi. J’ai aussi écopé d’une pénalité mais ne pouvant aller en prison, je dois rester sur le track (il ne peut y avoir que deux bloqueurs d’une équipe simultanément en prison, les pénalités que l’on se prend entre-temps étant mises en attente qu’une place se libère, cf. Charles Martèle pour davantage d’explications). Ce moment où tu es en power block, seul sur la piste. Et que c’est ton troisième jam d’affilé parce que tu dois rester sur le track vu que la prison est tout le temps pleine. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! » disait-il. Moi, ça me dérange pas du tout mais alors pas du tout de triompher sans gloire. C’est surévaluer la gloire. Non, je vous en prie, gardez la gloire, je prends la victoire, no problem. Et je vois X-Wing arriver pour me rejoindre comme le messie. Il me parle, me place : « Attention, ça va essayer de déblayer, on essaie de les éviter et de bloquer le jammeur ! ». X-Wing, on y est pas arrivé et on s’est fait déchirer, mais merci, le cœur y était.

A mon retour, la coach, Cash, demande un temps mort. On se réunit autour d’elle. On se fait remonter les bretelles. Elle nous demande, à juste titre, plus de concentration et moins de fautes inutiles. On a de l’avance certes, mais ce match doit aussi être l’occasion de travailler notre concentration, en toute circonstance. Même quand on se sent à l’aise. Surtout quand on se sent à l’aise.

 

16h42. L’horloge tourne. A quelques minutes de la fin, avec 200 points d’avance, le banc se relâche. On gueule. On crie. On rigole. « Quad Guards ! Quad Guards ! » Bien sûr, le public ne nous encourage pas. A part, 4 petites nénettes qu’on voit au loin. Désolé les filles, on ne vous entendait pas mais j’en suis sûr, vous avez fait tout votre possible.

 

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Oui, Maya Yanus jamme.

 

Et le match se finit. Trop rapidement.

 

16h57. J’avais un peu d’appréhension à la fin. On jouait chez eux et le score à l’affichage était quand même assez large. Il était possible qu’il y ait un peu de ressentiment dans l’équipe adverse. Visiblement pas du tout. Dès le coup de sifflet final, accolade de part et d’autre. Coach, bench, joueurs, de Toulouse et de Birmingham. Félicitations, bonheur partagé d’avoir passé un super moment tous ensemble. Et c’est le tour de piste. Je l’ai déjà vu, j’en ai rêvé. C’est beau, c’est frais, ça se mange sans fin.

 

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Les mecs de Lincolnshire étaient là :)

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La salle se vide petit à petit. On reste entre nous, on débriefe le match et direction l’after. Inutile de raconter ce qui s’y est passé, ça passerait pas le PEGI 18. Sachez tout de même que c’est définitif, les Anglais savent vraiment s’éclater et qu’ils sont drôles. A minuit, malheureusement, nous avons dû partir.

 

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L’after était bien bien cool.

 

Naturellement, ça ne vous surprendra pas, une des quatre voitures de location est tombée encore en panne au retour. Normal.

Mais je dois confesser que je ne me rappelle pas trop ce qui s’est passé. Oui, avec 5 litres de bières dans le ventre, j’ai plutôt bien dormi jusqu’à l’aéroport.

Après ces deux jours, je pense que les Quad Guards de Toulouse ressemblaient plus au casting des zombies de Walking Dead. On a quand même réussit à pécho l’avion pour Toulouse. Et à rentrer. Chez nous.

Ce week-end restera gravé dans ma mémoire. Parce qu’il a été unique en son genre. C’est l’histoire de 14 mecs qui décident de faire 2600 kilomètres pour jouer à un jeu dont 99% de la population n’a jamais entendu parler, contre (et avec) 14 autres mecs qui eux aussi partagent la même passion. Parce que c’était ma première fois aussi et qu’on oublie jamais sa première fois. Les Crash Test Brummies m’ont dépucelé et pour ça, ils auront toujours une place à part dans mon cœur. Enfin et surtout, parce que comme à chaque voyage, peu importe les conditions, si tu le fais avec des potes, avec le sourire et avec le cœur, ça se passe toujours bien.

La preuve en est encore une fois rapportée.

 

Connard Laqué

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Crédits photographiques : merci à Sébastien Trezel et MDP Images.

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