Derby for dummies, part #1 : the time keeper

 

Il était 22h07 ce samedi 13 avril et j’avais les épaules en feu. La victoire des filles atténuait quelque peu l’ennui profond qui m’avait submergé tout au long de l’exercice de ma fonction durant ce match (épique au demeurant) opposant les Nothing Toulouse aux Big Bucks High Rollers (U.K.). C’est à ce moment-ci, alors que je n’étais pas vraiment de bonne humeur et que j’avais franchement envie de ne plus y penser, que PathOo’ arriva tout sourire et me demanda : « Hey Connard[1], ça n’te dirait pas d’écrire quelque chose sur le boulot de Time Keeper ? ». Les quelques secondes de stupeur qui me saisirent et le silence concomitant suffirent pour qu’elle s’en aille telle une princesse lançant un « Ok, super ! Merci beaucoup ! » laissant entendre que j’avais accepté. Dont acte.

 

Oui, la stupeur et le silence m’ont envahi à l’énoncé de cette sollicitation. Car demander à un NSO (Non Skating Official, les arbitres qui ont peur des quads) d’expliquer son job de Time Keeper, c’est comme demander à une personne mariée depuis cinq ans d’expliquer comment se passe le sexe. Facile : c’est long, inintéressant, répétitif, chiant et, soyons honnêtes, on pense tous à autre chose pour que ça passe plus vite. Néanmoins, n’allons tout de même pas trop vite en besogne car certains cancres au fond de la classe pourraient bien avoir besoin de quelques explications.

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Un peu d’étymologie, avant toute chose. Time Keeper (TK pour le reste de l’article / rien que de l’écrire, ça m’épuise) signifie littéralement « Gardien du Temps »[2]. Ainsi donc, le TK est l’horloge officielle, le 36 99 du roller derby, l’horloge atomique du track.  « Au quatrième coup de sifflet, il restera exactement 47 secondes de team timeout ». Car un match se divise en jams, eux-mêmes entrecoupés de pauses, de temps morts et de mi-temps. Et le TK est responsable de l’exacte mesure de ces diverses périodes. Il doit décider si le match est fini ou pas, déterminer quand un team timeout se termine ou encore qu’un jam commence ou prend fin.

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Tip : lorsque vous êtes NSO, mettez des chaussettes de couleurs différentes.

Ainsi on ne pourra jamais vous accuser de partialité envers l’une des deux équipes.

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Tout cela est bien beau : « Peter, à grand pouvoir, grandes responsabilités ». Vous vous imaginez déjà en haut de l’Olympe du roller derby, côtoyant les puissants au Carlton. Nenni. Car en réalité, le TK se contente d’appuyer à chaque événement sur les boutons de ses chronos, puis contemple le lent et ennuyeux décompte du temps pour finalement siffler une fois le sablier écoulé. Toutes les trente secondes, toutes les minutes, toutes les deux minutes, toutes les dix minutes. Qu’importe. Il n’y a pas vraiment à réfléchir. Tout au plus, les dix premières minutes sont vaguement intéressantes le temps de comprendre le fonctionnement de ces p***** de chronos de m**** ! Mais bordel de cul, comment on fait pour démarrer ce truc ?! MAIS C’EST CHINOIS OU QUOI ?! Quant à la suite du match, elle n’est qu’une lente agonie sur l’autel du roller derby[3].

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Les qualités requises. Vous l’aurez compris, être un bon TK n’est pas donné à tout le monde. Il faut d’abord une certaine résistance à l’ennui, voire une réelle capacité à l’apprécier. Ne rien faire de bien intéressant pendant deux heures vous fait kiffer ? Foncez, vous ne le regretterez pas. Si la passivité face aux événements et l’art de ne jamais décider de rien peuvent s’avérer être de vraies plaies dans la vie réelle, ils sont de véritables avantages quand vient le moment d’exercer cette fonction.

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La seule réelle difficulté de ce job. Ce sont les « official timeouts ». Ces temps morts demandés par les arbitres, au contraire de ceux requis par l’une des deux équipes, n’ont aucune durée maximale. Et lorsque que ces temps morts sont appelés, le TK doit se placer au milieu de la piste et effectuer un geste inutile, disgracieux et très inconfortable.

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Mmmh, sexy.

 

Oui, ça n’a pas l’air comme ça, mais certains official timeouts durent plusieurs minutes et les épaules peuvent être amenées à chauffer.

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Autre élément intéressant à retenir. Si speaker il y a, il arrivera plus ou moins à combler le vide de ces official timeouts, ceci en fonction de son talent. Fatalement, après avoir épuisé tous les sujets de conversation possibles, ses yeux se poseront sur vous. Et n’ayant rien d’autre à faire, il vous bashera, dévoilera votre vie intime (comme la date de votre anniversaire) ou fera des jeux de mots pourris avec votre nickname. Ça n’est pas très dérangeant mais il faut tout de même le savoir.

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Le public. Lui aussi s’amusera du ridicule de ce geste, vous pointant régulièrement du doigt et se gaussant de vous. Et il a bien raison. Parce que franchement, vous avez vraiment l’air d’un con.

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Allez, si vous vous êtes autant fait chier à lire cet article que moi à l’écrire, c’est normal. C’est à l’image de la fonction. Avant de partir, un dernier hommage au plus ancien et au plus connu des TK de la planète.

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Et ouais, Jésus est un NSO et un gros amateur de roller derby.

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Connard Laqué

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Note bene : à l’association Roller Derby Toulouse, on adore les gens. Que vous vouliez patiner ou pas, il y a toujours de la place pour des bénévoles qui voudraient filer un coup de main, NSOter ou arbitrer. Faites acte de candidature, vous ne le regretterez pas. Et les 29 et 30 juin 2013, c’est la French Connection III : 3 matchs (dont 2 internationaux) le samedi, un Sur5al le lendemain. A part le jour de la sortie de Star Wars, je ne crois pas qu’il y ait eu un jour plus SWAG. Alors, tout un WE ?!

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[1] Le pire, c’est que je commence à m’y habituer.

[2] Putain, ça claque.

[3] En réalité, ça s’anime un peu à dix minutes de la fin. Il faut en effet faire l’aller-retour avec le scoreboard (i.e. la personne chargée de l’affichage de l’horloge que tout le monde voit) afin de synchroniser le temps. Houla, attention, grosse responsabilité.

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Crédits photographiques : HemSi Prod et WFTDA (http://wftda.com/rules/wftda-official-hand-signals.pdf).