« Aller et retour », récit d’un bloqueur par Maya Yanus.

 

Le regard flou, j’essuie les larmes qui coulent le long de mes joues… Le monde redevient net autour de moi et ce n’est donc pas un mauvais rêve ! Un brouhaha résonne pourtant dans ma tête : je ne suis pas fou, j’entends crier ‘QUAD GUARDS !’ dans ce grand gymnase ! Mais la réalité est bien en face de moi, écrite sur le visage de mon équipe et ceux de nos supporters… Tournant la tête vers le tableau des scores, je confirme mes craintes : deux points. Nous avons perdu de deux points. Le couperet tombe et nous sommes tous effondrés par cette défaite finale qui a un goût plus qu’amer…

 

On a bel et bien perdu

 

Si l’on reprenait cette histoire au commencement, il y aurait bien sûr beaucoup à dire sur les évènements ayant précédé notre départ de Toulouse en bus mais c’est une autre histoire. Mentionnons juste nos entraînements intensifs du mois de juillet gérés avec dévotion par notre coach et notre bench, respectivement Cash Pistache et Juicy Joker !

 

Vendredi 27 juillet. Je regarde ma montre pour la énième fois et il est toujours 12h45. Mon dieu que ce feu rouge est long ! Je vais être en retard au rendez-vous de départ ! Le téléphone sonne : un message de Bravehurt disant qu’il sera en retard. Du coup, je file l’aider à transporter tous ses bagages car, entre la bouée de sauveteur, la trousse de secours et son équipement personnel, il n’a pas assez de ses deux bras. On remonte en voiture direction le lieu de rassemblement, je l’y dépose puis me rends à mon second rendez-vous : la surprise organisée pour mon Bro’, Mr Hankey Loser ! Sa chérie (Suzie One) a décidé de l’accompagner à ce championnat d’Europe sans qu’il ne soit au courant ! Comme c’est une petite coquine, nous avons caché sa venue en la faisant se glisser dans le bus avant tout le monde afin qu’elle puisse surgir un peu plus tard…

 

 

Le vrombissement du moteur sonne l’heure du départ, mélange d’excitation, de rires mais aussi de tristesse vis-à-vis de ceux qui ne nous accompagnent pas et qui nous saluent du trottoir. Voici donc la première épreuve du week-end : un très (trop) long voyage. Heureusement, on est entre copains et la bonne humeur est au rendez-vous ! Bonbons, saucissons, camembert (on n’est pas français pour rien hein !) et autres mets sortent progressivement des sacs à dos pour caler les petits creux.

Les pâtes de fruits de Nadège et Julien

Quelques spécialités françaises

Une pause pipi, la récupération de The Cleaner et sa douce sur l’autoroute (sans oublier leurs succulentes pâtes de fruits !), une autre pause pipi, un arrêt pour manger et c’est le moment de s’installer en position couchette. J’ai pour compagnons de ‘chambrée’ ma Derby Wife (Uchka Gaz), Chakk Attakk et Djé : cette fine équipe promet une nuit rigolote et idéale !

 

Samedi 28 juillet. Après quelques heures de ‘sommeil’, le réveil musculaire est quelque peu douloureux mais voir toutes les frimousses du bus aide à conserver le sourire. Mon cerveau commence déjà à se fractionner : je mets de côté tout ce qui ne concerne pas le derby et les matchs à venir et commence déjà à me concentrer sur le tournoi qui approche… Un ‘On arrive bientôt !’ résonne dans les haut-parleurs. Pascalou, l’un de nos deux chauffeurs, nous indique au loin l’endroit où va se passer le championnat. Quelques minutes plus tard, le véhicule s’arrête et nous voilà arrivés ! Second réveil musculaire de la journée : des étirements et surtout beaucoup de concentration ! Le stress vient encore de monter d’un cran et ça se ressent… Les autres équipes arrivent également. On se sert la main et se tape dans le dos car il est toujours agréable de retrouver certains copains du track. Puis le gymnase ouvre enfin ! On fait un tour rapide pour observer l’infrastructure de bonne qualité et on file se changer pour enchaîner sur une session ‘essayage de roues’. Les patins aux pieds, j’entre définitivement dans ma bulle de concentration.

Échauffement et concentration

Stand ‘changement de roues’

Voilà l’heure du premier match ! Le temps et la réalité s’évanouissent autour de moi pour laisser place à une unique pensée : patiner et tenir la ligne. Je me sens comme dans la première scène de combat de ’300′ : pas de quartier et tous soudés !

 

Avec honneur, je suis sur la première ligne et le début du premier jam est sifflé ! Le mur rouge et blanc tient formidablement bien (le mois d’entraînement intensif fait son effet) et je vois et entends nos Quadettes et nos autres fans nous supportant dans le public ! Le match se déroule sans souci et c’est une première victoire écrasante contre les Crash Test Brummies ! La pression recule d’un cran : plus que cinq matchs à jouer aujourd’hui ! Cependant, comme nous savons que la journée va être longue, nous profitons de chaque moment de détente pour nous reposer, nous faire masser et nous re-concentrer.

 

Le repos entre chaque match

 

Les matchs s’enchaînent à toute vitesse et nous trouvons notre rythme de croisière. Arrive une rencontre que j’attendais particulièrement : la ‘revanche’ tant désirée par l’équipe The Inhuman League que nous avions vaincue à Toulouse un peu plus tôt dans l’année (c’était mon premier match d’ailleurs !) ! Et c’est une nouvelle victoire pour nous ! Avec quatre matchs déjà gagnés, nous sommes certains de jouer l’une des demi-finales du lendemain. Mais nous ne sommes pas ici pour faire de la figuration et nous comptons tout remporter !

Nos plus grandes fans

Fin du match contre The Inhuman League

Voici LA rencontre attendue par tous les ‘anciens’ Quad Guards ! L’équipe des Southern Discomfort de Londres est la meilleure d’Angleterre et elle nous avait battus un an auparavant. La pression est alors au maximum car ce match a l’allure d’une première ‘finale’. Étrangement, les ‘QUAD GUARDS’ scandés par le public sont de plus en plus forts et nombreux. Les Quadettes ne sont plus seules à nous supporter : une grande partie des adversaires de nos matchs précédents nous soutient ! Le coup de sifflet annonce le début du combat et me voilà encore sur la piste avec une première ligne (toujours la même) qui a fait ses preuves depuis le matin. Les jams s’enchaînent et se ressemblent : power jam pour nous, puis power jam pour eux suite à de nombreuses fautes. Finalement, nous perdons d’un tout petit point…

 

Fin du match contre les Southern Discomfort

 

Nous disputons alors notre dernier match de la journée. Nous le gagnons une nouvelle fois facilement. Suite à cela, il est enfin temps d’accorder un peu de repos à mon esprit et à mon corps. La bulle de concentration dans laquelle je m’étais enfermé quelques heures auparavant se dissipe et les douleurs physiques commencent à naître dont un joli œuf apparu au niveau de la tête de mon fémur. Heureusement pour moi (nous), notre kiné nous a suivis avec ses mains de magicienne, ses techniques de marabout et son matériel professionnel. Elle a donc pu nous ‘réparer’ afin que nous soyons opérationnels dès le lendemain ! Et c’est l’esprit heureux et les corps endoloris que nous saluons nos adversaires et que nous nous rendons à l’hôtel pour prendre un repos bien mérité.

 

Dimanche 29 juillet. Le réveil me semble brutal, mon corps m’indique qu’un bus m’est passé dessus la veille mais je peux bouger mes jambes. Après un petit réveil musculaire, tout est ok et je replonge immédiatement dans ma bulle en supprimant de mes pensées les douleurs et autres idées n’ayant rien à voir avec le derby. Je m’enfile un bon petit déj’ histoire d’avoir des forces et c’est parti pour le gymnase afin de concrétiser notre but : gagner les deux matchs qui nous séparent du titre de champion d’Europe ! Le premier devrait être une formalité puisque nous rejouons contre les New Wheeled Order battus la veille sans difficulté. Tout se passe bien au début mais nous avons un gros défaut : nous commettons beaucoup trop de fautes. Aussi je tente de garder mon calme et ma concentration en voyant The Cleaner et High G Nik se faire exclure tour à tour pour fautes graves. A la fin du match, nous explosons de joie et nous sommes heureux d’avoir entendu toutes les équipes de la veille nous soutenir ! Nous saluons et remercions nos Quadettes (qui commencent à ne plus avoir de voix et de bras à force de porter bien haut nos pancartes) et nous avons droit à de sympathiques accolades de nos adversaires.

La concentration quelques minutes avant le match

Les Quadettes en action

Tour d’honneur lors de la demi-finale

Les Quad Guards remerciant leurs supporters

C’est maintenant certain : nous faisons partie des deux meilleures équipes d’Europe ! Nous repassons dans les mains de notre chère kiné afin d’être au top pour le prochain et ultime match et nous attendons le ventre noué la décision concernant nos deux joueurs exclus. C’est la douche froide quand nous apprenons que notre capitaine High G Nik ne peut pas jouer la finale : bien que tout le monde ait plaidé sa cause, les arbitres ont été intransigeants ! Heureusement, notre coach adorée réalise un bon travail pour nous re-concentrer, nous faire oublier ceci et nous pousser à notre meilleur niveau pour la finale ! C’est donc surconcentré et surmotivé que je rechausse mes patins pour LE match du week-end !

 

Finale : tour de présentation

 

Finale Quad Guards Vs. Southern Discomfort. Le coup de sifflet est donné, me voilà sur le track. Je jette un regard à mon capitaine resté au milieu des Quadettes et à tous les gens nous encourageant, c’est-à-dire presque tout le monde. Mon cœur et mon souffle s’accélèrent car l’heure H est arrivée. La première période de jeu est très équilibrée et les fautes pleuvent comme lors des matchs précédents. Nous avons commencé cette rencontre à 12 mais nous ne savons pas à combien nous allons la finir. L’ambiance sur le terrain est tendue car la mentalité de certains membres des Southern Discomfort est détestée et cela se fait entendre dans le public. Nous tentons de ne pas céder aux provocations de l’équipe adverse qui, personnellement, me laissent totalement indifférent. La mi-temps arrive : nous avons juste quelques points de retard à rattraper. Comme tout le monde est derrière nous, notre moral remonte au plus haut !

Score à la mi-temps

Reprise du match : nous sommes loin devant

La deuxième période débute et je mets en application une technique fourbe appelée ‘dos man’ consistant à montrer son dos à un adversaire pour le pousser au back block. Réussite totale : à plusieurs reprises, le jammeur adverse est envoyé en prison et nous en profitons pour prendre 100 points d’avance ! Nous nous voyons déjà vainqueurs et cela nous a sûrement coûté une partie du match… C’est maintenant à notre tour de commettre une série de fautes. Nos joueurs se font exclure définitivement pour sept fautes majeures, la fatigue commence à se faire sentir, le moral à lâcher et les Southern en profitent pour revenir au score. Des étoiles plein les yeux, c’est l’heure du dernier jam : nous avons quatre points d’avance et le jammeur adverse est en prison ! Mais soudain le flou s’installe car un joueur londonien, Ballistic, conteste comme d’habitude les décisions des arbitres. Leur jammeur sort donc de prison suite à cette énième contestation et on lance le jam avec les deux jammeurs sur la piste. Nous ne prenons pas le lead mais les Southern marquent deux points, ce qui nous laisse encore gagnants de 2 petits points… Croyant que le match est alors terminé, le public envahit le terrain et nous sautons de joie ! Malheureusement, la réalité est tout autre : ce n’est pas la fin du match et un nouveau jam est appelé et lancé. Les Southern prennent le lead, marquent 4 points et tout s’écroule instantanément autour de moi ! Mes nerfs et ceux des autres lâchent ! Nous avons perdu ! Et pourtant c’est bien les mots ‘QUAD GUARDS !’ que l’on entend dans le public ! Malgré notre déception, nous réalisons que nous avons perdu le match mais gagné quelque chose de beaucoup plus important : la considération et le respect de tous les Anglais présents. C’est donc triste et à la fois heureux que je sers dans mes bras mes coéquipiers et amis, ma coach et mon bench d’amour et surtout nos fans qui ont été derrière nous à chaque instant de ce match incroyable ! Sans oublier ma Derby Wife que j’aime très fort.

C’est l’heure de la remise de la coupe et des titres divers ! Grande surprise lorsque l’on appelle Monsieur High G Nik afin qu’il reçoive le titre de meilleur bloqueur et M’sieur Bravehurt (qui n’en revient pas non plus) pour le MVP (meilleur joueur de l’évènement) ! Quant à moi, l’unique son que j’entends pendant cette cérémonie est le ‘QUAD GUARDS !’ ambiant scandé par tous !

Bravehurt désigné MVP

High G Nik, le meilleur bloqueur

La coach et son équipe

Le gymnase commence à se vider. Après une douche rapide et une remise en état par notre kiné afin que l’on puisse marcher les jours suivants, c’est reparti pour une vingtaine d’heures de bus ! Malgré notre défaite de trois points au total sur tout le tournoi, je sors le magnum de champagne et nous fêtons notre victoire du cœur !

 

Champagne in da bus !

 

Le voyage du retour est long et les blessures morales et physiques se ressentent dans l’ambiance générale. Un Burger King pour la route, Samir à la guitare, un film bien pourri (‘Coach Carter’), un fou rire nocturne avec mes compagnons de couchette, une chanson de Bravehurt, bien d’autres évènements et nous revoilà en France, sur le périphérique toulousain ! La boucle est bouclée : nous revenons à notre point de départ où un super comité d’accueil surprise nous attend afin de partager avec nous ce merveilleux moment ! L’émotion nous envahit, on pleure de nouveau, on se prend dans nos bras et la belle famille Roller Derby Toulouse est de nouveau unie !

 

La famille attendant notre retour !

 

Et dire qu’il y a sept mois je ne connaissais même pas le roller derby !

Si j’avais trois mots pour définir ce week-end, ce serait assurément ‘douchebag’, ‘famille’ et ‘victoire’ !

 

Moi ! Ma médaillle ! Mon champaaagne !

Maya Yanus

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Un grand merci à Laetitia Martin (alias PathOogenic) pour la relecture et la mise en forme de cet article.

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Crédits photographiques : Laetitia Martin, Dominique Puzin, Laetitia Rubio, Tyne And Fire, Daz Wilson.